Il y a des lieux que l’on ne visite pas : on les traverse. L’église Saint-Nicolas, dressée sur le quai de Seine, est de ceux-là. Le temps d’une journée, à l’invitation de la paroisse, DEC y installe *Sur l’autre Rive* : un parcours où peinture, sculpture et installation se répondent sous les voûtes séculaires, et où chaque visiteur est convié à sa propre traversée.
De grands formats peints, des sculptures ponctuent les travées comme des repères le long d’un chemin, des dispositifs de lumière et de matière enveloppent la nef. Rien n’y est figé : l’œuvre se découvre en marchant, d’un pas à l’autre, de la nef vers le chœur — comme on avance vers une rive que l’on ne voit pas encore.
Le titre n’est pas qu’une formule. À La Frette-sur-Seine, on connaît le geste de traverser : un bac relie encore, à la belle saison, les deux rives du fleuve, et l’église elle-même est dédiée à saint Nicolas, protecteur des mariniers et de tous ceux qui prennent l’eau. S’installer ici, c’est donc s’installer sur un seuil — celui-là même que la Genèse met en scène dès ses premiers mots : des eaux informes, une lumière appelée, une terre qui émerge et devient la toute première rive du monde. DEC fait de ce seuil la matière de son travail : « figer cet instant dans son mouvement, ce point d’équilibre avant qu’il ne bascule ». L’autre rive n’est alors pas seulement un lieu que l’on atteint, mais l’instant suspendu de la traversée elle-même — là où une forme n’est plus tout à fait celle qu’elle quitte, pas encore celle qu’elle devient.